La note de conjoncture économique de PRO BTP FINANCE - Octobre 2018

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Les enjeux politiques dans le monde ont de nouveau occupé le devant de la scène en octobre. Aux précédents sujets de préoccupation -  le projet de budget italien, les fronts commerciaux ouverts par les États-Unis et les négociations sur le Brexit – se sont rajoutées les incertitudes entourant  les élections de mi-mandat aux États-Unis qui auront lieu début novembre. Par ailleurs, les tensions géopolitiques sont restées fortes, en particulier concernant l’Arabie Saoudite, avec la révélation du meurtre présumé du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en Turquie. Sur les marchés des changes, le dollar américain s’est renforcé, en particulier face à l’euro, tandis que la livre sterling est demeurée faible sur fond de tensions liées aux médiocres avancées des négociations sur le Brexit. Du côté des marchés émergents, La lire turque a rebondi après les fortes pertes essuyées face au dollar au cours des derniers mois et le real brésilien a continué à regagner du terrain. Enfin, sur le marché des matières premières, les cours du brut se sont repliés en dessous de la barre de 80 $ le baril, dans un contexte d’offre toujours abondante et de remontée du niveau des stocks aux États-Unis.

CONTEXTE ÉCONOMIQUE

  • Europe

Les pays de la zone euro ont remis ce mois-ci, leur projet de budget à la Commission européenne. Comme attendu, l’Italie a enfreint plusieurs règles budgétaires et a trois semaines pour présenter un projet de budget révisé. Par ailleurs, la France, l’Espagne, le Portugal et la Belgique figurent parmi les pays qui ont reçu une lettre de la Commission demandant des précisions sur leur projet de budget. Sur le front des données, les indicateurs avancés PMI de la zone euro ont été décevants. L’indice composite a chuté de 54.1 à 52.7, s’établissant de ce fait en dessous de la moyenne de long terme. La composante des services a plongé de près d’un point et demi à 53.3, et l’indice manufacturier, de plus de 2 points, à 52.1. L’indice du sentiment économique, publié par la Commission européenne, était également en retrait en octobre, tout en restant bien au-dessus de sa moyenne historique et indiquant une croissance soutenue. En revanche Le moral des ménages a légèrement augmenté, se maintenant à des plus-hauts historiques. Selon les premières estimations, la croissance du PIB au troisième trimestre s’est inscrite à +0.2% en glissement trimestriel. L’inflation totale a encore augmenté, à 2.2% en glissement annuel en octobre, après 2.1% au mois de septembre. Par ailleurs, l’inflation sous-jacente, qui avait poursuivi son repli en septembre à 0.9% en glissement annuel a progressé à 1.1% sous l’effet de la hausse de l’inflation dans les services et les biens industriels.

Concernant la politique monétaire, la BCE n’a apporté aucun changement aux perspectives économiques ni à l’équilibre des risques lors de sa réunion d’octobre. Malgré le repli de certains chiffres, Mario Draghi est resté optimiste, expliquant que les flux de données négatives étaient le fait d’un retour à la normale des conditions économiques.

Enfin au Royaume-Uni, alors que la date du Brexit approche, la confusion reste totale sur le front des négociations. Comme attendu, le Conseil européen n’a guère avancé sur ce dossier lors de la réunion d’octobre et Theresa May est soumise à des pressions de plus en plus vives alors que le débat au parlement britannique prend une mauvaise tournure.

  • États-Unis

Aux États-Unis, les données économiques d’octobre traduisent une croissance toujours vigoureuse. Depuis le début de l’offensive de Donald Trump sur le commerce, les États-Unis ont imposé de nouveaux droits de douane sur près de 300 Md$ d’importations (principalement en provenance de Chine) et la liste des produits susceptibles d’être  taxés est encore longue. En particulier, la taxation de 267 Md$ d’importations chinoises supplémentaires est à l’étude. En revanche, le climat s’est un peu détendu avec les proches voisins des États-Unis, un nouvel accord commercial ayant été conclu entre les États -Unis, le Mexique et le Canada, en remplacement de l’ALENA. La dernière réunion de politique monétaire de la Réserve Fédérale n’a guère comporté de surprises : son compte rendu a confirmé les prévisions de remontée des taux en 2019 et renforcé les anticipations d’une nouvelle hausse dès le mois de décembre prochain. Si les chiffres de l’emploi ont un peu déçu avec 134 000 créations de postes seulement, à l’inverse, la croissance du PIB réel au troisième trimestre est ressortie à 3.5%, ce qui devrait permettre d’atteindre au quatrième trimestre le niveau confortable de 3.1% de croissance du PIB réel, en glissement annuel.

A l’approche du test pour le gouvernement des élections de mi-mandat, l’impact des mesures de relance budgétaire a été mitigé. Les baisses d’impôts étaient censées encourager l’investissement des entreprises, mais les dépenses de ces dernières en équipements ont à peine progressé de 0.4%, le chiffre le plus faible depuis le troisième trimestre 2016. Les dépenses publiques ont, en revanche, grimpé de 3.3%, la meilleure performance trimestrielle depuis le début de 2016 et la consommation est restée forte à +4%.

  • Asie

Du côté de l’Asie, la banque centrale chinoise a annoncé le 15 octobre un abaissement du ratio des réserves obligatoires de 100 points de base. La croissance du PIB réel a légèrement ralenti au troisième trimestre, à 6.5%, mais la croissance nominale s’est maintenue à 9.6%. Les exportations nettes ont connu une légère amélioration, sous l’effet temporaire des anticipations de hausse des tarifs douaniers sur les commandes américaines, mais cela n’a pas suffi à compenser le ralentissement de la demande intérieure. De ce fait, vers la fin du mois, les autorités chinoises ont sous-entendu que de nouvelles mesures de relance pourraient être annoncées. Enfin au Japon, la Banque Centrale a une fois encore décidé de maintenir le cadre actuel de sa politique d’assouplissement monétaire lors de sa réunion d’octobre mais tout en conservant une évaluation optimiste de l’économie japonaise.

MARCHÉS D'ACTIONS

  • Évolution

Les marchés d’actions internationaux ont enregistré de très mauvaises performances en octobre, en raison des incertitudes politiques et de la hausse des taux d’intérêt, dans un contexte de niveaux de valorisations élevés. Aux États-Unis, l’indice large SP500 a connu sa plus forte baisse mensuelle en 7 ans. Ce  mois aura été éprouvant pour les investisseurs à la fois de par l’ampleur du recul des cours de bourse et l’intensité des publications de résultats, avec une sanction boursière particulièrement violente pour les sociétés ayant déçu. Dans un marché déjà tendu en Europe et préoccupé par la guerre commerciale entre les États-Unis Chine, la crise budgétaire italienne et le Brexit, la révision en baisse de la croissance mondiale par le FMI à  a mis le feu aux poudres sur les marchés d’actions. En fin de mois, l’indice Stoxx50 des principales valeurs européennes affiche un recul de près de 4%, portant la baisse annuelle au-delà des 7%. Qui plus est, cette forte baisse mensuelle de l’indice européen a été amortie par la bonne tenue des valeurs suisses (-0.72% seulement), tandis que le recul de la Bourse a atteint 7.28% en France et 8.02% en Italie. Sur le plan sectoriel, les valeurs de croissance ont souffert de replis mensuels rarement vus au cours des dernières années, avec par exemple un recul de 12% à15% pour les valeurs du secteur du luxe. À contrario, on a pu constater un mouvement de retour vers les secteurs défensifs et à fort rendement, que la baisse des taux d’intérêt européens, résultante de chiffres économiques atones, a rendu d’autant plus attractifs.

Au global aucun secteur n’est vraiment épargné sur le mois, bien que les valeurs de télécommunication, l’agroalimentaire et la pharmacie surperforment largement l’indice avec un recul limité autour du niveau de 2%. En revanche, les secteurs cycliques, les valeurs technologiques et les banques affichent des baisses de plus de 7%.

 

  • Résultats des principales bourses mondiales au 31 octobre 2018

 

  Sur 1 mois Depuis le 31/12/2017
Indice CAC40 - 7.28 % + 4.12 %
Indice Stoxx 50 (Europe) - 3.92 % - 7.24 %
Indice Dow Jones (en $) - 5.07 % + 1.60 %
Indice Nikkei (en Yen) - 9.12 % - 3.71 %

 

MARCHÉS OBLIGATAIRES

  • Évolution

Sur les marchés obligataires européens, la tendance a été dictée d’une part par l’évolution des taux d’intérêt américains et d’autre part par la crise budgétaire en Italie. Après une forte hausse au début du mois, dans un contexte de croissance vigoureuse et de confirmation de la poursuite du mouvement de resserrement monétaire de la Réserve Fédérale, les taux américains ont reculé avec les craintes d’intensification de la guerre commerciale avec la Chine, pour ne finir qu’en légère hausse sur le mois. En Europe, si les taux ont dans un premier temps monté un peu partout dans le sillage des taux américains, ils se sont globalement repliés sur le mois, à l’exception de l’Italie. Ainsi, le taux à 10 ans européen s’est inscrit fin octobre à 0.38% contre 0.47% fin septembre, après avoir culminé à 0.58% le 10 octobre. En Italie, le rejet du projet de budget a conduit à un nouvel élargissement des écarts de rendement avec l’Allemagne, le niveau le plus élevé (340 points de base) ayant été atteint le 19 octobre à la suite de la dégradation de la note italienne juste  un cran au-dessus du niveau spéculatif  par l’agence de notation Moody’s, conséquence des choix budgétaires de la coalition au pouvoir. Sur la fin du mois, la volonté affichée de la Commission européenne de ne pas provoquer de crise ouverte avec l’Italie a permis un léger retracement du taux à 10 ans italien ,qui termine néanmoins le mois sur une hausse de près de 30 points de base par rapport à la fin septembre, à 3.43%.

 

Au final, les indices des emprunts d’états de la Zone Euro progressent légèrement en octobre sur l’ensemble des maturités, la performance annuelle restant négative sur la totalité du compartiment obligataire européen. Les obligations du secteur privé, pénalisées par la forte baisse des sous-jacents actions, ont poursuivi leur mouvement de baisse en octobre, malgré la détente des taux centraux.

  • Résultats des principaux indices obligataires au 31 octobre 2018

  Sur 1 mois Depuis le 31/12/2017
Indice BofA ML 1/3 ans +0.09 % - 0.53 % (emprunts d’État)
Indice BofA ML 3/5 ans +0.09 % - 1.07 % (emprunts d’État)
Indice BofA ML 5/7 ans +0.06% - 1.36 % (emprunts d’État)
Indice Barclays 3/5 ans -0.09 % - 0.24 % (secteur privé)
EONIA -0.04 % - 0.31 % (taux sans risque)
Mis à jour le 9 novembre 2018