La note de conjoncture économique de PRO BTP FINANCE - Novembre 2018

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Principal évènement de politique internationale en novembre, les résultats des élections de mi-mandat aux États-Unis n’ont pas créé de surprise. Comme prévu, les Républicains ont conservé la majorité au Sénat tandis que les Démocrates ont pris le contrôle de la Chambre des représentants. Si ce demi-échec – ou demi-succès – n’a pas découragé le président Trump dans sa croisade contre ses partenaires commerciaux, les États-Unis et la Chine ont néanmoins trouvé un accord pour repousser de deux mois l’augmentation des droits de douane sur les produits chinois dans l’attente de la reprise des négociations. Cependant, des rumeurs selon lesquelles les véhicules européens pourraient bientôt être visés ont refait surface. En Europe, la Commission européenne a franchi le premier pas vers le lancement d’une procédure pour déficit excessif à l’encontre de l’Italie, et les vingt-sept états membres ont approuvé le projet d’accord de sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne, charge à Theresa May de convaincre les parlementaires britanniques de ratifier cet accord lors du vote du 11 décembre prochain. Tandis que les marchés actions européens ont continué de baisser en novembre, les rendements obligataires se sont repliés à l’échelle mondiale et le marché des changes, après avoir enregistré une certaine volatilité sur le mois, a retrouvé ses niveaux de la fin octobre. Les matières premières ont de nouveau été malmenées ce mois-ci, en particulier le Brent, qui se situe actuellement au-dessous de 60$ le baril en raison des craintes de baisse de la demande mondiale, dans un contexte d’offre toujours abondante.

CONTEXTE ÉCONOMIQUE

  • Europe

En Europe, la conjoncture demeure mitigée et les indices PMI ont de nouveau déçu en novembre. L’indice composite, à 52.7, s’établit à présent en deçà de la moyenne de long terme, tout comme les indicateurs relatifs au secteur manufacturier et aux services. L’indice du sentiment économique, calculé par la Commission européenne, s’est inscrit lui aussi en léger retrait en novembre, bien que continuant d’indiquer une croissance soutenue. L’inflation totale a reculé de +2.2% à +2% en novembre, tandis que l’inflation sous-jacente a également reculé de 0.1 points. Lors de son discours devant le Parlement européen, le président de la Banque Centrale Européenne, Mario Draghi, a souligné que le ralentissement de la croissance était dû au commerce international ainsi qu’à des facteurs spécifiques et temporaires. Il a mis en avant les arguments en faveur d'une reprise progressive (revenus des ménages, marché du travail et investissements des entreprises), confirmant la volonté de la BCE d’arrêter le programme d’assouplissement quantitatif en décembre. Par ailleurs, la Commission européenne a révisé à la baisse ses prévisions de croissance dans la zone euro à +2.1% et +1.9% (contre +2.3% et +2.0%) pour 2018 et 2019, l’Italie et le Royaume-Uni se situant à la traîne des autres pays de l’Union. Elle a en outre franchi le premier pas vers une procédure pour déficit excessif à l’encontre de l’Italie, en publiant un rapport en ce sens le 21 novembre. Enfin, le Royaume-Uni et l’Union Européennes sont parvenus à conclure un projet d’accord sur le Brexit. Cependant, ce projet, qui a été approuvé à l’unanimité par les états membres de l’Union Européenne, sera difficile à défendre devant le Parlement britannique et le risque de rejet lors du vote crucial du 11 décembre est important.

  • États-Unis

Aux États-Unis, les données économiques publiées en novembre n’ont pas provoqué de surprise majeure, mais les chiffres sur l’emploi sont repartis à la hausse après la déception d’octobre, avec 250,000 créations de postes. Sur le front de  l’inflation, l’indice sous-jacent des dépenses de consommation s’est légèrement replié de +2.0% à +1.8%, tandis que l’indicateur global s’est maintenu à +2.0% en glissement annuel. En matière de politique monétaire, le discours du président de la Réserve Fédérale, qui a notamment  indiqué que les taux étaient justes en dessous du niveau neutre, a été perçu comme accommodant. De ce fait, les anticipations du marché relatives à trois relèvements de taux aux États-Unis en 2019 ont reculé sensiblement, même si la Banque Centrale a confirmé son intention d’augmenter les taux d’intérêt de 25 points de base en décembre. Signe des tensions croissantes entre l’Institution et la Maison Blanche, la poursuite du resserrement monétaire de la Réserve Fédérale a été publiquement critiquée par le  président Trump par voie de presse, déclarant que ses responsables étaient complètement dans l’erreur en agissant comme ils le faisaient.

  • Asie

En Asie, les indicateurs économiques chinois ont été contrastés : si les investissements en infrastructures ont finalement rebondi, la consommation a marqué le pas, qu’il s’agisse des dépenses générales comme des dépenses de logement. L’impact lié à la hausse des droits de douane américains n’étant  pas encore perceptible, les exportations chinoises continuent cependant  d’afficher une bonne résistance, très probablement du fait de l’accélération des commandes américaines en prévision de la hausse des taxes.  Enfin au Japon, l’économie s’est contractée au troisième trimestre (-0.3% en glissement trimestriel) suite à la série de catastrophes naturelles qui ont frappé le pays au cours de l’été. Les fondamentaux macro-économiques sous-jacents du Japon demeurent néanmoins inchangés : la croissance des salaires reste forte, et les investissements industriels des entreprises devraient repartir à la hausse au cours des prochains trimestres.

MARCHÉS D'ACTIONS

  • Évolution

Les performances des marchés d’actions internationaux ont été contrastées en novembre. Le marché américain a connu un rebond sensible  après les propos accommodants de la Réserve Fédérale et quelques signes de tentatives d’apaisement dans les relations commerciales sino-américaines. Dans une certaine mesure le Japon et les marchés émergents en ont également bénéficié. En revanche, les actions européennes ont poursuivi leur repli en novembre, après la forte baisse du mois d’octobre. Avec des perspectives de croissance moroses en Europe, des taux d’intérêt très bas, peu d’anticipations à court-terme de changements dans la politique monétaire et un contexte politique particulièrement complexe en cette fin d’année 2018, les marchés européens restent clairement dans une position d’aversion au risque. Les performances et les valorisations sectorielles sont plus que jamais dispersées, avec des secteurs « value » (valeurs décotées) et cycliques se traitant sur des multiples de P/E (ratio cours/bénéfice) de 8 fois contre des secteurs sensibles au taux d’intérêt à 20 fois, niveau similaire à celui des valeurs de qualité aux États-Unis . Pour 2019, le P/E européen moyen s’établit fin novembre à 12.6 fois, pour une croissance estimée de 9.2% des bénéfices. En fin de mois, le recul modéré de 0.46% de l’indice Stoxx50 des principales valeurs européennes masque de fortes disparités géographiques, avec un recul proche de 2% des valeurs allemandes, britanniques et françaises, à comparer avec un rebond des valeurs italiennes (+0.73%) et ibériques (+2.07%).

Sur le plan sectoriel, à l’image du mois d’octobre, les secteurs défensifs des télécommunications  et des services aux collectivités ont très largement surperformé l’indice, avec des hausses de 8.6% et 3.4% respectivement. À contrario, les secteurs cycliques sont en baisse massive, ce qui illustre les inquiétudes du marché en particulier sur les matières premières (-7.8%)  et le pétrole (-5.9%), tandis  que les valeurs technologiques ont subi de nouvelles prises de bénéfices (-3%).

 

  • Résultats des principales bourses mondiales au 30 novembre 2018

 

  Sur 1 mois Depuis le 31/12/2017
Indice CAC40 - 1.76 % - 5.81 %
Indice Stoxx 50 (Europe) - 0.46 % - 7.67 %
Indice Dow Jones (en $) + 1.68 % + 3.31 %
Indice Nikkei (en Yen) - 1.96 % - 1.82 %

 

MARCHÉS OBLIGATAIRES

  • Évolution

Les marchés obligataires européens ont de nouveau tenu en novembre leur rôle de placement refuge face à la montée de l’aversion au risque sur les marchés d’actions.

Par ailleurs, le recul des taux d’intérêt sur l’ensemble des échéances de la courbe européenne s’explique également par la baisse des taux américains en réponse à un discours plus accommodant de la Réserve Fédérale et un début d’apaisement sur la crise italienne en fin de mois. En effet, la Commission Européenne tout comme le premier ministre et le ministre des finances italiens ont visiblement cherché à temporiser afin d’éviter une escalade dans le différend qui oppose l’un des pays fondateurs de la zone Euro aux autorités de Bruxelles sur les prévisions de budget et de déficit pour la période 2019-2021.

Ainsi, alors que les taux à 10 ans américains ont reculé de 15 points de base sur le mois pour s’établir à 3.01% contre 3.16% le mois précédent,  le taux à 10 ans européen s’est inscrit fin novembre  à 0.31% contre 0.38% fin octobre. En Italie, la volatilité sur ce même taux à 10 ans est restée forte, avec un plus haut de 3.62% le 20 novembre, pour finir le mois à 3.21% contre 3.43% fin octobre.

Au final, les indices des emprunts d’états de la Zone Euro progressent de nouveau en novembre sur l’ensemble des maturités, la performance annuelle restant néanmoins négative sur la totalité du compartiment obligataire européen, mais beaucoup moins que celle des placements en actions. Les obligations du secteur privé, toujours pénalisées par la baisse des sous-jacents actions, ont en revanche poursuivi leur mouvement de baisse en novembre.

  • Résultats des principaux indices obligataires au 30 novembre 2018

  Sur 1 mois Depuis le 31/12/2017
Indice BofA ML 1/3 ans + 0.22 % - 0.32 % (emprunts d’État)
Indice BofA ML 3/5 ans + 0.54 % - 0.53 % (emprunts d’État)
Indice BofA ML 5/7 ans + 0.70% - 0.67 % (emprunts d’État)
Indice Barclays 3/5 ans - 0.70 % - 0.79 % (secteur privé)
EONIA - 0.03 % - 0.34 % (taux sans risque)
Mis à jour le 10 décembre 2018