La note de conjoncture économique de PRO BTP FINANCE - Décembre 2018

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Dans un climat d’aversion au risque proche du niveau maximal, le mois de décembre 2018 achève dans la douleur l’une des pires années boursières de la décennie pour les marchés financiers mondiaux.

 

La politique internationale aura été le facteur dominant tout au long de l’année, l’élément le plus perturbateur étant la politique chaotique menée par le président Donald Trump, en croisade contre l’ensemble des partenaires commerciaux des États-Unis et tout particulièrement la Chine dont le développement accéléré ces dernières années menace l’hégémonie américaine dans le monde. Si pour l'heure, l'escalade des tensions commerciales ne semble pas avoir eu d'impact significatif sur le commerce mondial, cela tient principalement aux mouvements anticipés  des exportations et des importations avant l’entrée en vigueur des nouvelles taxes et il faudra sans doute attendre le début de 2019 pour constater les premiers effets négatifs des tensions commerciales sur les échanges mondiaux.

En Europe, alors que le Royaume-Uni et l’union Européenne ont finalement conclu un projet d'accord de sortie en novembre, Theresa May n'est pas encore parvenue à le faire ratifier par le Parlement britannique. En Allemagne, Angela Merkel, mise en difficulté à la suite des élections législatives de début d’année, a quitté la présidence de son parti, tandis qu’en Italie le nouveau gouvernement de coalition populiste réunissant le parti Cinq Étoiles et la Ligue a sérieusement éprouvé les nerfs de la commission européenne avec un projet de budget totalement en-dehors des normes acceptables par les instances de Bruxelles.

 

Enfin, le dollar américain s'est raffermi par rapport à la plupart des devises, notamment la livre sterling et l'euro (1.14 dollar pour 1 euro) et le baril du pétrole a chuté de 20% sur l'année pour atteindre 53$ fin décembre.

CONTEXTE ÉCONOMIQUE

  • Europe

En Europe, sur le plan économique, l'année 2018 a été marquée par un fléchissement des indicateurs avancés qui avaient atteint leurs plus hauts niveaux depuis 12 ans l’année dernière, l'indice PMI composite se situant fin 2018 juste en dessous de la moyenne historique. La croissance du PIB des pays de la zone euro pour premier semestre de 2018 est ressortie à un niveau assez soutenu de 0.4%, mais a connu un fléchissement à 0.2% sur le troisième trimestre. Ce ralentissement est imputable à une série de facteurs probablement non récurrents (perturbations météorologiques, grèves, régulation sur le diesel…), ainsi qu'à une certaine  normalisation  après la croissance anormalement élevée observée en 2017. Le tassement de la croissance en 2018 est dû principalement au recul des exportations, qui avaient atteint un rythme exceptionnellement élevé l'an dernier, et au fléchissement du revenu réel disponible, la hausse des cours du pétrole ayant pesé sur la consommation. L'inflation totale était restée modérée au début de l'année en raison des effets négatifs de l'évolution des prix de l'énergie et de l’alimentation. À partir du printemps, elle est remontée passant au-dessus de 2% sous l’effet de la remontée des prix du pétrole. Mais avec le reflux de ces derniers en fin d’année, l’inflation a de nouveau reculé à 1.9% en novembre.

 

Après avoir diminué le montant mensuel de son programme d’achats  d'actifs en janvier et octobre, la Banque Centrale Européenne a annoncé la fin de ce dernier en décembre, malgré des signaux économiques préoccupants et l'incertitude politique.

 

La situation politique en Italie a été sous les feux de l'actualité cette année. Une coalition populiste Cinq Étoiles-Ligue reposant sur une majorité étroite a été formée fin mai, les programmes des deux partis étant par ailleurs incompatibles sur de nombreux sujets. En octobre, la coalition a fixé un objectif de déficit budgétaire de 2.4% pour 2019, conduisant la Commission européenne à envisager le lancement d'une procédure de déficit excessif à l'encontre de l'Italie. Pour l'heure, toutefois, cette procédure a été évitée, un accord ayant été trouvé in-extremis. La France pourrait également se retrouver dans la même situation, dans la mesure où le déficit français devrait maintenant dépasser la barre des 3% du PIB en 2019, le mouvement des gilets jaunes ayant notamment contraint le gouvernement français à annuler la hausse de la taxe sur les carburants. Ailleurs dans la zone euro, après le résultat décevant des élections dans le Land de Hesse, Angela Merkel a  abandonné la présidence de son parti, la CDU, mais reste toutefois Chancelière jusqu'à la fin de son mandat en 2021. En Espagne, un nouveau gouvernement a été formé, mais avec une faible majorité parlementaire. Enfin, le feuilleton ubuesque du Brexit semble toucher à sa fin, le Royaume-Uni et les 27 pays de l’Union étant parvenus à accord sur un projet de sortie en novembre. D’ultimes péripéties de fin d’année (Theresa May a été contrainte de repousser le vote de l’accord au Parlement tant l'échec semblait assuré) ont néanmoins repoussé la conclusion du Brexit à la première quinzaine de janvier 2019.

  • États-Unis

En 2018, l’économie américaine a connu une croissance solide, en partie portée par les baisses d'impôts et l'augmentation de la dépense publique. Après avoir progressé de 2.2% en 2017, le PIB américain devrait  enregistrer une croissance proche de 3% cette année, portée principalement par le dynamisme de la consommation. Le taux de chômage est en recul, les entreprises ayant maintenu un niveau élevé de recrutement. Le salaire horaire moyen et l'indice du coût de la main-d’œuvre ont tous deux franchi la barre des 3% au troisième trimestre 2018, un plus haut sur dix ans. Sur le front des prix, l’indice d’inflation globale s'est stabilisé à 2.0% depuis cinq mois et l'inflation sous-jacente à 2.2%. L'inflation totale a diminué, grâce notamment à la baisse des prix de l'énergie. Toutefois, la pression inflationniste pourrait s’intensifier en raison des pressions sur les coûts salariaux et plus immédiatement des droits de douane à l'importation. En effet,  la hausse de 10% à 25% des tarifs douaniers américains, applicable à 200 Md$ d’importations chinoises, initialement prévue le 1er janvier 2019 a été reportée de trois mois, dans l’attente de l’issue des négociations sino-américaines.         

 

La Réserve fédérale a relevé ses taux directeurs de 25 points de base à quatre reprises cette année (mars, juin, septembre et décembre), portant le taux de référence dans la fourchette 2.75%-3.00%,  deux hausses supplémentaires étant attendues au premier semestre 2019. Donald Trump a renouvelé ses attaques contre l’Institution qu'il accuse de relever trop rapidement ses taux d’intérêt. Il aurait même envisagé, selon certaines rumeurs, de limoger son président Jérôme Powell.

 

Sur le plan de politique intérieure, 2018 a commencé et s'est terminée par un « government shutdown » (arrêt des activités de l’administration), même si le premier aura été de courte durée. Le  dernier en date a débuté le 22 décembre et semble devoir se prolonger. En cause, l’impasse autour du financement du mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

  • Asie

Du côté de l’Asie, l'année 2018 a commencé en Chine sur une dynamique soutenue avec un PIB en  progression de 6.8% au premier trimestre. En avril, toutefois, on a commencé à observer les signes d'un ralentissement de l'économie chinoise (pic de  la croissance des exportations, ralentissement de la hausse des investissements en infrastructures et amplification du resserrement des conditions de crédit). La guerre commerciale initiée par l’Administration Trump à l’encontre de la Chine a aggravé en fin d’année les signes de ce ralentissement de l’économie.  Au début de l'année, la Banque Centrale Chinoise a une fois encore emboîté le pas à la Réserve Fédérale américaine en relevant de 5 points son  taux principal, à 2.55%. Toutefois, compte tenu du contexte de ralentissement de l'activité économique, elle a abaissé à plusieurs reprises le taux des réserves obligatoires pour injecter de la liquidité dans le système bancaire.

 

Au Japon, le PIB a enregistré un recul de 0.2% au premier trimestre pour la première fois en plus de deux ans. Toutefois, ce ralentissement temporaire était dû principalement à des conditions météorologiques défavorables. De fait, la croissance du PIB a connu un rebond sur la suite de l’année et les dernières enquêtes de conjoncture faisaient ressortir un sentiment favorable chez les entreprises japonaises des industries manufacturières comme non manufacturières. Tout au long de l'année, la Banque du Japon a maintenu un discours accommodant, maintenant son évaluation de la situation économique et de  ses perspectives.

MARCHÉS D'ACTIONS

  • Évolution

Après un bon cru 2017, la cuvée 2018 aura un goût bien amer et la fin de l’année s’est avérée particulièrement complexe. Au global, l’indice européen Stoxx50 affiche une baisse de -13.15% (-10.21% dividendes inclus), concentrée principalement sur le dernier trimestre, ce qui fait de 2018 l’une des pires années boursières de la décennie.

Malgré un début d’’année plutôt dynamique, elle s’est terminée en forte baisse dans un contexte politique compliqué et des perspectives économiques qui se sont détériorées tout au long de l’année. Avec un changement drastique des secteurs préférés des marchés en cours d’année et des indicateurs monétaires parfois divergents, la dispersion entre les valeurs et entre les secteurs aura été particulièrement forte.

La perception sur la dynamique économique mondiale s’est fortement détériorée au cours de l’année, alors même que les taux d’intérêt américains étaient remontés sensiblement pendant une bonne partie de l’année. L’Europe, qui devait rattraper son retard de croissance et voir ses taux d’intérêt progresser, donne déjà des signes d’alarme sur sa croissance, en partie en raison du conflit commercial sino-américain. Par ailleurs, l’autre grande préoccupation de l’année, l’accord sur le BREXIT, qui prend plus de temps que prévu, ouvre des zones d’incertitudes majeures pour les marchés. Quant à la crise italienne, elle semble finalement trouver une issue alors que la France a souffert d’une fracture sociale particulièrement violente  en fin d’année.

 

Après une évolution en dents de scie, aucune bourse n’est au final épargnée. De plus, fait historique, presque toutes les classes d’actifs sont en baisse en 2018.

Subissant dans un premier temps des prises de bénéfice après la hausse quasi-ininterrompue depuis 2012, les marchés actions ont été résolument dominés par l’aversion au risque dès la fin du mois de mai. Les pressions inflationnistes aux États-Unis, combinées à des risques politiques en Europe et géopolitiques entre les États-Unis et la Chine ont pesé dans un environnement de volatilité proche de la normale malgré quelques pics ponctuels. Sur la fin de l’année, les conséquences de la guerre commerciale sino-américaine et l’évocation d’une possible récession américaine en 2020 ont inquiété les investisseurs, plus particulièrement à partir du mois octobre avec des publications de résultats montrant une dégradation des perspectives des entreprises.

 

Sur le plan sectoriel, on observe en 2018 une dispersion particulièrement forte. Aucun secteur ne progresse, 14 secteurs sont en repli de plus de -10%, 7 secteurs en-dessous de  -15% et 2 dépassent les 20% de baisse. Pour mémoire l’année dernière, 11 secteurs surperformaient un indice en hausse de près de 6% sur l’année et 8 secteurs progressaient même de plus de 10%.

Les secteurs des services aux collectivités et de la pharmacie ont joué leurs rôles défensifs   (2 à 3% de baisse), et dans une moindre mesure les médias, les valeurs pétrolières et l‘agro- alimentaire, avec des reculs compris entre 4 et 9%. Lanterne rouge des marchés avec les valeurs automobiles, le secteur bancaire (-28%) est resté continuellement sous pression, pénalisé par le décalage des anticipations des hausses des taux, la crise politique en Europe, des résultats décevants et toujours des litiges. Le secteur de l’automobile (-28.1%) a quant à lui souffert des tensions internationales et des problématiques de normes de pollution, tout comme les autres secteurs cycliques : construction (-18.8%), matières premières (-16.4%) et chimie (-15.6%).

 

 

  • Résultats des principales bourses mondiales au 31 décembre 2018

 

  Sur 1 mois Depuis le 31/12/2017
Indice CAC40 - 5.46 % - 10.95 %
Indice Stoxx 50 (Europe) - 5.94 % - 13.15 %
Indice Dow Jones (en $) - 8.66 % - 5.63 %
Indice Nikkei (en Yen) - 10.45 % - 12.48 %

 

MARCHÉS OBLIGATAIRES

  • Évolution

L’année 2018 a fort mal débuté sur les marchés obligataires, la hausse des taux d’intérêt sur l’ensemble des échéances de la courbe européenne, dans le sillage des taux américains, s’étant traduite par deux mois de forte baisse pour les indices obligataires européens. À partir du mois de mars,  les difficultés croissantes des marchés d’actions se sont traduites comme traditionnellement par une bascule sur les actifs moins risqués, notamment les emprunts d’état allemands. Ainsi, au gré décisions des Banques Centrales, des péripéties de la politique internationale et des épisodes d’espoirs et de déceptions sur les placements actions, les marchés obligataires ont été ballotés tout au long de l’année. Le taux de référence européen à 10 ans, qui avait terminé l’année 2017 sur le niveau de 0.42%, s’est rapidement tendu pour culminer à 0.77% le 9 février avant de retomber à 0.19% le 29 mai, son plus bas annuel, en pleine crise politique italienne, pour ensuite remonter à 0.53% le 11 octobre dans le sillage des taux américains, la dernière phase de ces montagnes russes étant un retour sur le niveau de 0.25% le 31 décembre 2018, en pleine débâcle des marchés d’actions.

 

Les performances des placements obligataires ont été également impactées par des mouvements particulièrement violents sur les écarts de rendements inter pays sur la dette européenne, et notamment sur les pays périphériques du Sud. Par exemple, le rendement des emprunts d’états italiens a 10 ans a enregistré un plus bas le 4 mai à 1.71% (119 points d’écart avec le taux allemand) et un plus haut en pleine crise budgétaire le 19 octobre, à 3.78% soit un écart de rendement historique de 339 points avec l’Allemagne !

 

Au final, les performances des indices obligataires européens, demeurés en zone négative pendant la quasi-totalité de l’année, parviennent à repasser en territoire légèrement positif en décembre, leur performance même très modeste se comparant de manière particulièrement favorable avec celle des placements en actions.

Les obligations du secteur privé, pénalisées par la baisse des sous- jacents actions, affichent néanmoins des performances encore négatives en fin d’année, tout comme les placements monétaires.

  • Résultats des principaux indices obligataires au 31 décembre 2018

  Sur 1 mois Depuis le 31/12/2017
Indice BofA ML 1/3 ans + 0.24 % - 0.07 % (emprunts d’État)
Indice BofA ML 3/5 ans + 0.68 % + 0.14 % (emprunts d’État)
Indice BofA ML 5/7 ans + 0.82% + 0.14 % (emprunts d’État)
Indice Barclays 3/5 ans + 0.12 % - 0.65 % (secteur privé)
EONIA - 0.03 % - 0.37 % (taux sans risque)
Mis à jour le 8 janvier 2019