La note de conjoncture économique de PRO BTP FINANCE - Septembre 2018

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Le mois de septembre n’a connu aucune accalmie sur le front de la politique internationale, le menu de la rentrée étant de nature à donner des sueurs froides aux marchés financiers. Poursuivant sur sa lancée dans la guerre commerciale qui oppose les États Unis à la Chine, Donald Trump a annoncé l’imposition de taxes douanières sur 200 Md$ supplémentaires de produits chinois, incluant environ 20% de biens de consommation.  En Europe ,les négociations du Brexit n’ont pas avancé lors du sommet de Salzbourg, où les 27 ont sèchement rejeté le projet « Chequers » présenté par Theresa May, rappelant que le Royaume-Uni devait céder du terrain pour parvenir à un accord, et que les avantages de l’appartenance à l’Union Européenne ne relevaient pas d’un choix à la carte. D’autre part, alors que les pays de la zone euro s’apprêtent à soumettre leurs avant-projets de budget 2019 à la Commission européenne d’ici au 15 octobre, la France a annoncé pour l’an prochain un déficit de 2.8% et l’Italie un objectif de déficit de 2.4%, bien supérieur à la fourchette de 1.6% à 1.8% précédemment suggérée.

CONTEXTE ÉCONOMIQUE

  • Europe

En Europe, les différentes publications du troisième trimestre semblent plus favorables : la production industrielle comme les ventes au détail enregistrent un léger rebond et le commerce extérieur retrouve des couleurs après avoir été un frein majeur à la croissance au premier semestre. Néanmoins, le cycle est encore poussif si on se réfère à la lente amélioration du marché du travail, aux timides pressions salariales et à la faible inflation sous-jacente (0,9% l’an en septembre). Ainsi la BCE n’anticipe aucune normalisation de sa politique monétaire avant l’été 2019. Son programme d’achat devrait prendre fin en décembre 2018, mais les réinvestissements des titres de son bilan garantissent des conditions encore largement souples pour l’ensemble de la zone euro. Parmi les indicateurs avancés, l’indice PMI de l’industrie manufacturière pour la zone euro est ressorti en deçà des prévisions, sous l’effet de la contre-performance de l’indice allemand, tombé de 55.9 à 53.7. En revanche, la composante de l’activité globale dans les services s’est légèrement redressée, de 54.4 à 54.7. Enfin, du côté de la demande, le moral des ménages dans la zone euro est redescendu à -2.9, mais reste néanmoins à des niveaux historiquement élevés. Sur le plan politique, l’Italie a dominé l’actualité, le gouvernement de coalition au pouvoir en Italie ayant fixé un objectif de déficit budgétaire de 2.4% pour 2019, bien au-delà de la fourchette de 1.6% à 1.8% préalablement suggérée et de la cible de 0.8% du précédent gouvernement. Les négociations avec Bruxelles s’annoncent de ce fait ardues avant la présentation de l’avant-projet de budget à la Commission d’ici le 15 octobre. 

Enfin, il n’y a eu aucun progrès sur le Brexit au sommet de Salzbourg: juste un rappel de la position des 27, à savoir que le Royaume-Uni doit céder du terrain. Le risque de non-accord, certes substantiel, est martelé par la Presse britannique. En réalité, un accord reste probable, mais pourrait devoir attendre le sommet de décembre.

  • États-Unis

Aux États-Unis, les statistiques publiées en septembre font état d’un marché de l’emploi tournant  toujours à plein régime : les créations d’emplois se sont élevées à 201 000 en août, et le salaire horaire moyen a fortement augmenté sur le mois (+0.4%), portant le taux de progression annuelle à 2.9%, son niveau le plus élevé depuis le début du cycle. Le taux de chômage a en revanche peu évolué, mais le nombre des sorties des actifs dépasse celui des entrées, entraînant un plongeon de la population active. Du côté de la croissance, les premières données disponibles pour le troisième trimestre montrent une activité toujours robuste sur un rythme proche de 3 % annualisé. L’économie américaine jouit de la meilleure position dans son cycle : plein emploi, accélération salariale proche de 3 % et inflation sous-jacente à la cible de 2%. Même si les tensions commerciales se sont renforcées en septembre avec l’implémentation d’une nouvelle salve de surtaxes douanières à l’encontre de la Chine, il n’y a pour le moment aucun impact majeur sur l’investissement des entreprises ou l’inflation importée. Néanmoins, ce sont maintenant la moitié des marchandises importées de Chine qui sont visées par les surtaxes commerciales. Dans ce contexte, la Réserve Fédérale américaine a relevé lors de sa réunion de septembre sa cible de taux directeur d’un quart de point à 2%-2.25%, et laissé clairement entrevoir une nouvelle hausse de 25 points en décembre. Le communiqué différait peu de celui de la réunion précédente, même si l’Institution n’y faisait plus mention du caractère « accommodant » de sa politique monétaire. Néanmoins, les prévisions des membres de la Fed laissaient apparaître seulement trois hausses en 2019, une autre en 2020, puis aucune en 2021.

  • Asie

En Chine, l’impact des récentes mesures d’assouplissement monétaire se ressent d’ores et déjà dans les données du crédit, mais pas encore dans l’activité, avec une dynamique de croissance demeurée faible en août. En particulier, si le recours au crédit des collectivités locales a bondi le mois dernier, les investissements en infrastructures ont poursuivi leur mouvement de repli. Les chiffres de la consommation n’ont pas non plus révélé de reprise notable, plombés principalement par l’atonie des ventes d’automobiles. Enfin, les exportations chinoises n’ont ralenti que marginalement en août, malgré l’entrée en vigueur des taxes douanières frappant les marchandises chinoises importées aux États-Unis.  Au Japon, Shinzo Abe a été réélu pour un troisième mandat consécutif à la tête du Parti libéral-démocrate. Il peut désormais espérer conserver son poste de Premier ministre du Japon jusqu’en 2021. Lors de sa réunion de septembre, le comité de politique monétaire de la Banque du Japon a maintenu son cadre accommodant ainsi que son appréciation favorable de l’économie du pays. La banque centrale a légèrement révisé ses prévisions d’inflation à long terme, laissant entendre qu’elle envisageait désormais une hausse moins graduelle de l’inflation.

 

MARCHÉS D'ACTIONS

  • Évolution

Ballotés entre le désordre politique en Europe, la croisade du Président des États Unis contre l’ensemble des partenaires commerciaux de son pays et un contexte macroéconomique somme toute bien orienté, les marchés d’actions ont repris en septembre le chemin de la hausse après un mois d’août particulièrement dévastateur pour les places européennes dans leur ensemble. La première semaine du mois a néanmoins été difficile, dans un climat de tensions commerciales internationales. Ainsi, l’indice Stoxx50 des principales valeurs européennes a abandonné plus de 2% en quelques séances, avant d’amorcer une remontée tout aussi rapide avec des espoirs de nouvelles mesures fiscales aux États Unis et des prises de rendez-vous entre les responsables américains et chinois pour entamer un nouveau cycle de négociations. Ce mouvement de rebond a été soutenu par un pétrole en forte hausse, atteignant de nouveaux sommets (près de 83$ le baril fin septembre), dans un contexte de stocks de bruts en recul  et d’ouragans touchant les États Unis et les Caraïbes, ayant fait redouter la fermeture de certaines usines de raffinage. Sur le mois, l’indice Stoxx50 progresse finalement de 0.84%, mais avec de fortes disparités géographiques (+2.18% en Italie, +1.60% en France mais -0.11% en Espagne et -0.95% en Allemagne), le cumul annuel demeurant cependant fortement négatif (-3.46%).

En septembre, on constate de nouveau une forte rotation sectorielle en faveur des Produits de base (+4.7%), du pétrole (-4.5%) et des Financières, tant les Banques (+1.5%) que les Assurances (+3.3%), avec la hausse des taux d’intérêts et le rebond des prix des matières premières. Le secteur de l’immobilier (-3.3%) et les secteurs à duration longue comme les Produits de grande consommation (-1.5%) et l’agroalimentaire (-1.2%) ont été en revanche sous pression en raison de  la hausse des taux, les secteurs défensifs ayant globalement été pénalisés. Le secteur de la Technologie (-3%) a pour sa part souffert de la baisse du segment des semi-conducteurs.

 

  • Résultats des principales bourses mondiales au 30 septembre 2018

 

  Sur 1 mois Depuis le 31/12/2017
Indice CAC40 +1.60 % + 3.41 %
Indice Stoxx 50 (Europe) +0.84 % - 3.46 %
Indice Dow Jones (en $) + 1.90 % +7.04 %
Indice Nikkei (en Yen) +5.49 % +5.95 %

 

MARCHÉS OBLIGATAIRES

  • Évolution

Comme au cours de l’été, les marchés obligataires sont restés en septembre sous l’influence de vents contraires, avec d’une part un contexte macroéconomique et monétaire porteur, et d’autre part la menace des effets néfastes de la guerre commerciale États Unis – reste du Monde ainsi que celle de d’une nouvelle crise européenne avec un budget italien en dérapage et un Brexit sans accord.

Du côté des banques centrales, le relèvement des taux de la Réserve Fédérale Américaine a été suivi par la confirmation de la fin du programme d’assouplissement quantitatif de la BCE à la fin de  2018, les taux européens ne devant toutefois pas remonter avant l’été 2019. Ces avancées dans la démarche de resserrement monétaire des deux principales Banques Centrales se sont traduites par une remontée des rendements sur la partie la plus longue de la courbe, le taux à 10 ans européen s’inscrivant fin septembre à 0.47% contre 0.33% fin août. Sur la dette des pays périphériques, après l’envolée des taux italiens avec l’anticipation d’un budget 2019 en infraction totale avec les règles du traité européen, voire de nouvelles rumeurs d’éclatement de la zone euro,  les propos rassurants du ministre des finances italien quant au niveau prévisible du déficit ont permis en fin de mois une légère détente sur la dette italienne, qui demeure cependant sur un niveau historiquement élevé d’écartement par rapport au taux central européen.

Au final, les indices des emprunts d’états de la Zone Euro reculent en septembre sur les maturités au-delà de l’échéance 5 ans, la performance annuelle étant négative sur la totalité du compartiment obligataire européen.

  • Résultats des principaux indices obligataires au 30 septembre 2018

  Sur 1 mois Depuis le 31/12/2017
Indice BofA ML 1/3 ans +0.07 % - 0.62 % (emprunts d’État)
Indice BofA ML 3/5 ans +0.05 % - 1.06 % (emprunts d’État)
Indice BofA ML 5/7 ans -0.10 % - 1.42 % (emprunts d’État)
Indice Barclays 3/5 ans -0.11 % - 0.15 % (secteur privé)
EONIA -0.05 % - 0.27 % (taux sans risque)
Mis à jour le 9 octobre 2018