La note de conjoncture économique de PRO BTP FINANCE - Mai 2018

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Les péripéties de la politique italienne ont été au cœur de l’actualité des marchés financiers au mois de mai 2018. Après deux mois d’impasse totale à la suite des élections du début mars qui avaient acté une très large percée des partis populistes et eurosceptiques, la dégradation de la situation politique italienne s’est accélérée. Faute d’un accord entre les deux partis majoritaires (le Mouvement Cinq Etoiles et la Ligue du Nord) et le Président de la République sur la formation du nouveau gouvernement, les marchés ont ainsi vécu une semaine à haut risque, partagés entre la menace d’un gouvernement politique prônant l’éclatement de la zone Euro et celle d’un gouvernement technique dans l’attente de nouvelles élections fin 2018.

CONTEXTE ÉCONOMIQUE

  • Europe

En Europe, en plein tourmente politique du fait des difficultés de l’Italie à se doter d’un gouvernement légitime, les indicateurs de confiance se sont à nouveau dégradés. En particulier, les indicateurs avancés PMI sont ressortis en repli et inférieurs aux attentes. Ainsi, l’indicateur PMI composite pour la zone Euro a reculé de 55.1 à 54.1, ce qui traduit une croissance de 0.4% seulement en glissement trimestriel. La faiblesse récente des indices de confiance européens est principalement imputable à l’Allemagne, où les commandes à l’exportation pâtissent des incertitudes dues au revirement protectionniste  des États-Unis.
Dans ce contexte tendu en zone euro, et alors que les négociations avec le Royaume Uni concernant le Brexit n’ont pas connu d’avancée significative, la Banque Centrale Européenne s’est montrée particulièrement discrète, même dans la période de crise aigüe sur les taux italiens en fin de mois qui a fait ressurgir un temps les craintes d’éclatement de la monnaie unique.

  • États-Unis

Les États-Unis ne sont pas demeurés en reste en termes d’agitation géopolitique. Entre la décision de l’Administration Américaine de se retirer de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, la valse-hésitation sur la tenue en juin d’un sommet États Unis – Corée du Nord et pour finir la décision unilatérale de Donald Trump  d’imposer à l’ensemble de ses partenaires commerciaux des droits de douanes sur l’acier et l’aluminium, les mauvaises nouvelles se sont succédées tout au long du mois. Sur le front des statistiques économiques, les chiffres sont demeurés relativement robustes, avec notamment un rebond des créations d’emploi. Avec des chiffres d’inflations stables, autour de 2.5% à la faveur de la hausse des prix de l’énergie et de l’alimentation, la Réserve Fédérale Américaine s’est déclarée plus confiante concernant la cible d’inflation à moyen terme. En conséquence, lors de sa réunion de politique monétaire du mois de mai, l’Institution a envoyé un signal clair vers une nouvelle remontée des taux de 25 points de base en juin.

  • Asie

Sur le continent asiatique, la Chine commence à présenter les signes d’un ralentissement de la croissance. En dépit d’un redressement plus important que prévu de la production industrielle (+7% en avril), la demande intérieure semble s’essouffler, avec notamment un repli de 7.9% des ventes au détail, mais également une contraction marquée des investissements et des ventes dans l’immobilier. En conséquence, la Banque Centrale Chinoise semble désormais s’orienter vers un accompagnement de la croissance, en assouplissant sa position dans la lutte contre l’endettement excessif des acteurs économiques. Au Japon, après une longue période d’amélioration conjoncturelle, la croissance du PIB du premier trimestre 2018 est ressortie négative pour la première fois depuis neuf trimestres, à  -0.2%. Toutefois, ce ralentissement, principalement imputable à des conditions climatiques exceptionnellement défavorables, ne devrait être que temporaire compte tenu du contexte économique mondial favorable.

 

MARCHÉS D'ACTIONS

  • Évolution

Au cours de la dernière semaine du mois de mai, le chaos politique en Italie a eu raison du rebond des marchés d’actions qui s’était amorcé fin mars, le retour brutal de l’aversion au risque et la remontée de la volatilité se traduisant par une correction, particulièrement  sévère sur les bourses européennes, et un fort repli de l’euro contre le dollar. Et pourtant les marchés d’actions semblent lutter pour maintenir une tendance positive, la moindre bonne nouvelle étant mise à profit pour tenter un mouvement de reprise. Malheureusement, depuis le début de l’année, chaque nouveau problème est rapidement suivi par un autre : à la crise politique en Italie est venue s’ajouter la chute du gouvernement espagnol, rattrapé par des affaires de corruption, puis les tergiversations autour de la tenue du sommet Etats Unis/Corée du Nord, et enfin les annonces de Donald Trump confirmant l’orientation résolument protectionniste  de sa politique en matière de commerce international. De ce fait,  l’indice Stoxx50 des principales valeurs européennes, qui était parvenu au cours des trois premières semaines du mois à poursuivre sur sa lancée d’avril, repassant même en territoire positif depuis la fin 2017, a reperdu près de 4% entre le 22 et le 31 mai, effaçant une grande partie de ses gains du mois précédent.  Sur le plan sectoriel, le recul global (mais somme toute modéré) des indices masque des fortunes particulièrement disparates. Ainsi, alors que les secteurs les plus exposés à la hausse des taux corrigent violemment (entre -4% et -9% pour les services aux collectivités, les assurances, les Télécom et les banques), les valeurs bénéficiant de la remontée du dollar comme les produits de base, les valeurs technologiques et le transport loisir ont vu leur cours progresser, à contre tendance, de 4 à près de 6%.

 

  • Résultats des principales bourses mondiales au 31 mai 2018

 

  Sur 1 mois Depuis le 31/12/2016
Indice CAC40 - 2.21 % + 1.62 %
Indice Stoxx 50 (Europe) - 1.24 % - 4.04 %
Indice Dow Jones (en $) + 1.05 % - 1.23 %
Indice Nikkei (en Yen) - 1.18 % - 2.47 %

 

MARCHÉS OBLIGATAIRES

  • Évolution

Sur les marchés obligataires, la situation en Italie a également entraîné un revirement à la baisse et un retour de l’aversion pour le risque. Les mouvements de fuite vers la qualité ont fait fortement baisser les taux américains et allemands, tandis que les taux italiens ont retrouvé leurs niveaux de 2014, augmentant de plus de 100 point de base (pour culminer brièvement à 3.38% contre 1.77% fin avril sur l’échéance 10 ans). La contagion s’est rapidement propagée aux taux espagnols et portugais, la chute du chef du gouvernement espagnol ajoutant un cran supplémentaire aux tensions dans le sud de l’Europe. Dans ce contexte  incertain, l’Euro s’est affaibli de nouveau contre le Dollar, revenant sur les niveaux de décembre dernier, à 1.15 dollar pour 1 euro le 29 mai contre un pic à 1.26 en février. Ayant une fois encore joué son rôle de refuge dans un contexte de choc sur les marchés obligataires, le taux de référence européen à 10 ans termine le mois à 0.34% contre 0.56% fin avril, après avoir touché un plus bas à 0.19% le 29 mai. En dépit de la baisse du taux central, l’écartement des rendements sur les pays périphériques se traduit en mai par un recul des indices des emprunts d’états de la zone Euro sur l’ensemble des maturités, toutes les échéances étant désormais en performance négative depuis le début de l’année.

  • Résultats des principaux indices obligataires au 31 mai 2018

  Sur 1 mois Depuis le 31/12/2016
Indice BofA ML 1/3 ans - 0.65 % - 0.65 % (emprunts d’État)
Indice BofA ML 3/5 ans - 1.29 % - 1.00 % (emprunts d’État)
Indice BofA ML 5/7 ans - 1.65 % - 1.18 % (emprunts d’État)
Indice Barclays 3/5 ans - 0.19 % - 0.26 % (secteur privé)
EONIA - 0.03 % - 0.15 % (taux sans risque)
Mis à jour le 6 juin 2018