La note de conjoncture économique de PRO BTP FINANCE - Juin 2019

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À l’approche du sommet du G20 des 28 et 29 juin, les craintes entourant le conflit commercial entre les États-Unis et la Chine ont continué à dominer l’actualité sur les marchés financiers. Ce sont notamment ces inquiétudes et leur impact négatif sur la croissance qui ont amené la Fed à changer de cap et laisser envisager des réductions de taux dans les prochains mois. Les risques pour la croissance ont été également  au cœur des messages accommodants délivrés par la Banque Centrale Européenne en juin. Dans le même temps, la montée des tensions dans le détroit d’Ormuz a causé une nouvelle envolée des cours du pétrole à presque 67$ le baril. Sur le plan politique, les responsables de l’Union Européenne se sont rencontrés le 21 juin pour élire le nouveau Président de la Commission Européenne, mais ils ont fait chou blanc, ce qui traduit une fois encore les difficultés du processus d’intégration de l’Union. Enfin, au Royaume-Uni, la course à la tête du parti Conservateur distingue au final deux candidats, Jeremy Hunt et Boris Johnson (partisan d’un Brexit dur), ce dernier disposant d’une avance confortable dans les sondages auprès des membres du parti.

CONTEXTE ÉCONOMIQUE

  • Europe

En zone Euro, les statistiques publiées en juin ont également été contrastées. Face au léger rebond de l’indicateur avancé PMI composite (les services compensant la faiblesse continue du secteur manufacturier), l’indice IFO du climat des affaires en Allemagne ainsi que l’enquête de la Commission européenne ont dépeint une nouvelle dégradation du contexte en juin. Du côté des prix, l’inflation totale est restée stable à 1.2% mais l’inflation sous-jacente s’est redressée de trois dixièmes à 1,1 % sur un an, essentiellement sous l’impulsion des prix des services. La Banque Centrale Européenne s’est montrée légèrement plus conciliante que prévu concernant l’évolution à moyen terme des taux lors de sa réunion de juin. Plus tard, au sommet de Sintra, Mario Draghi a fait allusion à la possibilité de prendre de nouvelles mesures de soutien à la croissance si l’absence d’amélioration devait menacer la convergence durable de l'inflation vers l’objectif de 2% fixé dans le mandat de l’Institution.

Sur le plan politique, les responsables de l’Union Européenne ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur la présidence de la Commission Européenne et sur d’autres nominations clés lors de la réunion du 21 juin, dont celle du successeur de Mario Draghi à la tête de la Banque Centrale. Par ailleurs, la Commission a décidé de relancer le processus pouvant aboutir au déclenchement d’une procédure pour déficit excessif contre l’Italie. De ce fait, des négociations ardues se sont déroulées entre le gouvernement  italien et la Commission tout au long du mois afin de trouver une position commune permettant d’interrompre le processus avant le lancement officiel de la procédure. Enfin au Royaume-Uni,  le risque de sortie sans accord s’est accru avec l’émergence de Boris Johnson comme possible Premier ministre.

  • États-Unis

Aux États-Unis, la plupart des statistiques publiées en juin se sont révélées décevantes. Les créations d’emplois ont atteint seulement 75 000 postes en mai contre 185 000 attendus, ce qui se compare défavorablement  avec la moyenne mensuelle depuis le début de l’année (164 000 créations). Le taux de chômage est resté stable à 3,6 %, mais la hausse du salaire horaire moyen a ralenti, à 3,2 % sur un an. Compte tenu d’un contexte économique global plus mitigé, la Réserve Fédérale a affiché, lors de la réunion du comité de politique monétaire du 19 juin, une posture plus conciliante en expliquant qu’elle se montrerait très attentive à l'économie américaine et interviendrait si nécessaire pour combattre la montée des risques domestiques et internationaux. Même si le taux de croissance actuel américain ne justifie pas une telle intervention, les risques émanant du conflit commercial avec la Chine et l’absence de fortes pressions inflationnistes devraient inciter les membres de l’Institution à voter en juillet une réduction par mesure de prudence. Celle-ci pourrait par ailleurs se justifier au regard de l’atonie de l’inflation : l’inflation totale et sous-jacente ont baissé à 1,8% et 2% respectivement sur un an, contre 2% et 2,1% précédemment. Enfin, malgré le terrain d’entente trouvé par les présidents américain et chinois lors du G20 en termes de guerre commerciale, l’incertitude pourrait continuer de régner en raison de l’imprévisibilité de Donald Trump, laquelle s’est notamment illustrée par sa menace, en début de mois, d’infliger des taxes à l’importation si le Mexique n’enrayait pas le flux des migrants illégaux vers les États-Unis et ce en dépit de la signature du nouvel accord de libre-échange à la fin de l’année dernière.

  • Asie

En Asie, la guerre commerciale avec les États-Unis s’avère un fardeau pour l'économie chinoise. Les dernières statistiques économiques traduisent un essoufflement de la dynamique de croissance, avec une hausse de la production industrielle de 5% seulement, son rythme d’expansion le moins bon depuis la crise financière, et l’investissement a également ralenti. La Banque Centrale s’en tient pour l’instant à une politique d’assouplissement ciblée, mais des réductions de taux pourraient intervenir si les statistiques continuent de se dégrader. Pour finir, rien de nouveau au Pays du Soleil Levant où la solidité des fondamentaux de l’économie intérieure continue de compenser la faiblesse de la demande extérieure. De ce fait, la Banque du Japon a confirmé poursuivre sa politique accommodante au moins jusqu’aux alentours du printemps 2020.

 

MARCHÉS D'ACTIONS

  • Évolution

Les mêmes causes n’ayant finalement pas toujours les mêmes effets, la persistance du contexte troublé entourant le conflit commercial Chine / États-Unis qui avait fait lourdement chuter les marchés d’actions en mai n’a pas empêché ces derniers de rebondir fortement en juin, l’ampleur de la hausse effaçant les pertes du mois précédent. De fait, ignorant les craintes liées à la guerre commerciale,  les marchés ont évolué au cours du mois au gré des anticipations d'assouplissement des politiques monétaires et des péripéties alambiquées de la croisade du Président Trump contre les partenaires commerciaux de son pays.

Mais entre les mesures de relance en Chine, la reprise des discussions commerciales avec les États-Unis, un premier accord sur l’immigration de ces derniers avec le Mexique évitant l’entrée en vigueur des taxes à l’importation et des banques centrales toujours très accommodantes (pas de hausse de taux mais des baisses de taux possibles pour la Réserve Fédérale et la poursuite du programme d’achats de la Banque Centrale européenne), le marché a doucement  retrouvé une certaine forme d’appétit pour le risque avec une remontée des marchés d’actions partout dans le monde. Sur le mois, l’indice Stoxx50 des principales valeurs européennes progresse de +4.59% (après -4.07% en mai) et affiche une performance cumulée de près de 18% depuis la fin 2018.

Dans ce contexte, la performance des différents secteurs s’est de nouveau inversée par rapport au mois précédent qui avait été dominé par une forte aversion au risque. Ainsi,  les secteurs cycliques ont surperformé le marché au détriment des secteurs de croissance, notamment les secteurs défensifs, avec des hausses de cours de +6% à +9.5% pour l’automobile, les valeurs technologiques, la chimie et les produits de base (meilleure performance sectorielle du mois) . Parmi les valeurs défensives, seul le secteur de la Pharmacie (+5.6%) est parvenu à  tirer son épingle du jeu grâce aux poids lourds du secteur Novartis et Astrazeneca dont les résultats cliniques récents sont prometteurs, mais les performances des secteurs de la distribution, de la consommation ou encore de l’agroalimentaire ne dépassent pas 3% de hausse. Enfin, lanterne rouge du marché avec les valeurs de télécommunication, le secteur bancaire (+1.6%) reste pénalisé par un environnement de taux défavorable.

 

  • Résultats des principales bourses mondiales au 30 juin 2019

 

  Sur 1 mois Depuis le 31/12/2018
Indice CAC40 +6.36% +17.09%
Indice Stoxx 50 (Europe) +4.59% +17.95%
Indice Dow Jones (en $) +7.19% +14.03%
Indice Nikkei (en Yen) +3.28% +  6.30%

 

MARCHÉS OBLIGATAIRES

  • Évolution

Après un mois de mai déjà très favorable pour cause de repli des investisseurs sur les placements obligataires dans un contexte d’aversion au risque, le mois de juin a de nouveau profité aux produits de taux grâce au retour sur le devant de la scène de l’arsenal de soutien  monétaire des Banques Centrales. Aux États-Unis,  bien que le président de la Réserve Fédérale ne cesse d’affirmer son indépendance en dépit des critiques à répétition de Donald Trump à l’encontre du processus de remontée progressive des taux, la dégradation récente des données économiques ainsi que l’enlisement de la guerre commerciale avec la Chine a convaincu l’Institution monétaire de revoir son scénario. Ainsi, alors que les marchés anticipaient il y a peu deux nouvelles remontées de taux d’ici la fin 2019, la probabilité est désormais forte d’une baisse de 25 points du taux de référence américain en juillet, sans aucune nouvelle remontée d’ici la fin de l’année.

En conséquence, les taux des emprunts d’états se sont nettement repliés (avec le passage du taux à 10 ans américain sous le seuil des 2%) et le dollar s’est affaibli contre l’euro et surtout le yen. Sur la courbe européenne, plus plate que jamais, le recul des taux a une fois encore concerné l’ensemble des échéances. En particulier, le rendement à 10 ans du taux de référence de la zone Euro, a poursuivi sa glissade en territoire négatif, à-0.36% le 30 juin contre -0.20% fin mai (et +0.25% fin 2018 !). La baisse des taux s’est accompagnée d’une détente sur les écarts de rendement des pays périphériques de la zone euro, et ce en dépit de la probabilité du lancement d’une procédure pour déficit excessif à l’encontre de l’Italie. Les indices obligataires européens enregistrent ainsi  sur le mois leur meilleure performance de l’année, toutes les maturités étant en performance positive depuis le début de l’année.

  • Résultats des principaux indices obligataires au 30 avril 2019

  Sur 1 mois Depuis le 31/12/2018
Indice BofA ML 1/3 ans +0.32% 

+0.42% (emprunts d’état)

Indice BofA ML 3/5 ans +0.76%

+1.79% (emprunts d’état)

Indice BofA ML 5/7 ans +1.32%

+3.82% (emprunts d’état)

Indice Barclays 3/5 ans +1.02% +2.51 % (secteur privé
EONIA - 0.03%

- 0.18% (taux sans risque)

Mis à jour le 13 mai 2019