La note de conjoncture économique de PRO BTP FINANCE - Juillet et Août 2019

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Ballotés entre les revirements multiples de la guerre commerciale à laquelle se livrent depuis plus d’un an les États-Unis et la Chine, les rebondissements ubuesques du Brexit et les interventions des banques centrales, les marchés financiers ont vécu un été plutôt chahuté.

L’émergence des craintes d’un ralentissement économique mondial plus marqué que prévu s’est traduite par un fort repli des cours du pétrole, en baisse de -11.7% depuis 1er avril à 61$ le baril fin août. Le dollar américain a également souffert de ce contexte troublé, pour lequel la réunion du G7 à la fin du mois d’août n’a par ailleurs apporté aucune avancée majeure. Ainsi, le billet vert a enfoncé pour la première fois de l’année la barre des 1.10$ pour un euro.

CONTEXTE ÉCONOMIQUE

  • Europe

En zone Euro, la Banque Centrale Européenne a maintenu ses taux inchangés lors de sa réunion du 25 juillet,  mais Mario Draghi a tenu un discours plus accommodant en pré-annonçant un assouplissement monétaire en septembre. À la fin du mois d’août,  Christine Lagarde, successeur désigné de Mario Draghi à la tête de l’Institution,  s'est prononcée en faveur d’une poursuite de la politique monétaire actuelle et a déclaré que la BCE disposait encore de marges de manœuvre lui permettant de réduire les taux d'intérêt. Les données économiques publiées au cours de l’été ont fait état d’un nouvel accès de faiblesse de la zone Euro. Ainsi, les indicateurs avancés PMI composite et manufacturier ont enregistré un nouveau recul et sont ressortis sous les attentes à 51.5 et 46.5 respectivement. Seul le secteur des services continue de soutenir l’expansion de la zone euro, avec un indicateur PMI à 53.2. La situation apparaît particulièrement dégradée en Allemagne, habituel moteur de la croissance européenne, où la faiblesse de la production industrielle et la détérioration du commerce extérieur ont poussé le gouvernement allemand à envisager des mesures de relance budgétaire de l’ordre de 50Mds d’euro en cas d’aggravation de la crise. Du côté de l’inflation, le ralentissement  à +1% en juillet sur un an (contre +1.3% en juin et un consensus à +1.1%) demeure une source de préoccupation, ce taux s’éloignant de plus en plus de l’objectif d’inflation de +2% fixé par la BCE.  Enfin, la croissance du PIB de la zone euro pour le 2ème trimestre a ralenti par rapport au trimestre précédent, à +0,2 % contre +0,4 % au premier trimestre. Sur le plan politique, la situation n’a pas été de tout repos non plus en Europe. En Espagne, les négociations entre les partis ont échoué et Pedro Sanchez a perdu les premiers votes d’investiture au poste de Premier ministre. Le parlement espagnol a jusqu’au 23 septembre pour trouver un accord, faute de quoi de nouvelles élections seront organisées le 10 novembre, soit les quatrièmes en quatre ans.  Au Royaume Uni, la nomination de Boris Johnson a sensiblement augmenté le risque d’un Brexit sans accord. Élu au poste de chef du parti conservateur – et de fait nommé Premier Ministre - en obtenant 66 % des votes, il s’est fixé comme objectif de quitter l’Union européenne coûte que coûte le 31 octobre en  renégociant l’accord de retrait et en supprimant notamment le point d’achoppement que représente le filet de sécurité en Irlande du Nord. La forte probabilité d’un refus de l’Union Européenne ouvre donc la voie à l’hypothèse désastreuse d’une sortie sans accord à la fin du mois d’octobre.  Autre point névralgique de l’échiquier politique européen, l’Italie est de nouveau entrée en crise politique avec la tentative de prise de pouvoir de Matteo Salvini. Renforcé par le score de son parti lors des élections européennes et en désaccord profond avec ses ex-alliés du parti M5S, le controversé vice premier ministre italien a déposé mi-août une motion de défiance visant à faire chuter le gouvernement et à convoquer des élections anticipées destinées à donner le contrôle total du pays à son parti, la Ligue du Nord. Toutefois, son plan s’est retourné contre lui, le premier ministre Giuseppe Conte ayant présenté la démission de son gouvernement avant même le vote de la motion de censure. Chargé par le Président de la République de former un nouveau gouvernement, l’accord inédit intervenu en fin de mois entre le parti Démocrate et le mouvement 5 Etoiles pour former un nouveau gouvernement de coalition sans avoir recours à de nouvelles élections a ainsi permis au Premier Ministre Conte de rejeter Matteo Salvini et l’ensemble des représentants de la Ligue dans l’opposition.

  • États-Unis

Aux États-Unis, dans un contexte pourtant marqué par de solides données économiques, la Réserve Fédérale a abaissé ses taux de 25 points de base lors de sa réunion du mois de juillet, principalement  en raison des incertitudes liées à la guerre commerciale. Toutefois, les membres du Conseil de l’Institution restent divisés sur l’opportunité de baisses additionnelles d’ici la fin 2019, et ce en dépit des vociférations du président Trump qui accuse ouvertement la banque centrale de torpiller l’économie américaine en pratiquant une politique de taux d’intérêt trop élevés. Néanmoins, la croissance du PIB américain, principale statistique publiée sur la période, est ressortie au-dessus des attentes à 2%, principalement en raison d’un raffermissement de la demande des ménages. Sur le 1er semestre 2019, la croissance du PIB s’est élevée à 2,5%, un rythme supérieur au taux de croissance moyen de 2,2% enregistré sur le cycle en cours. Le marché du travail est également resté robuste, même si le taux de chômage est passé de 3,6 % à 3,7 %, mais les données relatives à la production industrielle (en recul de 0.2% sur la période) ont déçu tout comme les indicateurs avancés ISM qui sont ressortis sensiblement en-deçà des attentes du marché. Du côté de la guerre commerciale sino américaine, les deux protagonistes n’ont eu de cesse de souffler le chaud et le froid sur les marchés, en multipliant les phases d’intensification du conflit (nouvelles surtaxes de la part des États-Unis, riposte de la Chine par la baisse de sa devise, tentative de trêve par report des dites surtaxes américaines, puis nouvelles menaces de Donald Trump liées aux manifestations à Hong Kong avec riposte immédiate de la Chine par le biais de taxes sur les importation américaines, pour terminer le mois d’août sur la perspective de nouvelles négociations…en octobre !). La rapidité et la violence des annonces et des revirements de position est à y perdre son latin et même son  mandarin, en conséquence de quoi les marchés financiers ont eu des difficultés légitimes à s’adapter à un tel contexte politique.

 

  • Asie

En Chine, le PIB pour le 2ème trimestre a décéléré à un point bas de plus de dix ans, à +6,2% sur un an contre +6,4% au premier trimestre. Cet accès de faiblesse était attendu compte tenu de la fragilité de la croissance en avril et en mai. Toutefois, un rebond généralisé a été constaté en juin : la production industrielle a accéléré de +5,0% à +6,3% en juin et  l’investissement ainsi que  les ventes au détail se sont fortement redressés. Les chiffres sur les échanges commerciaux chinois montrent que les exportations vers les États-Unis ont encore pâti de la hausse des tarifs douaniers américains tandis que les exportations vers les autres pays sont restées modérées. Dans le même temps, les importations se sont contractées, preuve d’une faiblesse persistante de la demande intérieure. Compte tenu de ce contexte, de nouvelles mesures de soutien monétaire et budgétaire devraient être mises en place d’ici la fin de l’année.

Au Japon enfin, la Banque Centrale devrait privilégier le statu quo en raison d’une demande intérieure soutenue, même si la dernière enquête Tankan traduit une confiance des entreprises du secteur manufacturier pénalisée par les incertitudes mondiales. Toutefois, le niveau soutenu de la demande intérieure continue pour le moment de contrer les effets des facteurs externes défavorables.

 

MARCHÉS D'ACTIONS

  • Évolution

Le contexte agité de la scène politique internationale s’est, sans surprise, répercuté sur les marchés d’actions en juillet et surtout en août. En Europe, le mois de juillet s’est soldé par une performance en dents de scie de faible amplitude, avec un plus haut annuel atteint en séance le 25 juillet par l’indice  Stoxx50 des principales valeurs européennes, en progression de 20.54% depuis le début de l’année. Sur cette période finalement assez calme, les secteurs défensifs ont surperformé les secteurs cycliques dans un contexte de banques centrales toujours accommodantes, avec de nouvelles perspectives de baisse de taux. La saison des publications de résultats semestriels s’est soldée par un accueil en moyenne plutôt positif, bien que sans relèvement significatif des prévisions de bénéfices.  Le mois d’août, riche en événements, s’est révélé nettement plus sportif pour les investisseurs. Minées par l’intensification de la guerre commerciale, le chaos politique au Royaume Uni et la débâcle du gouvernement en Italie, les actions européennes se sont violemment repliées sur la première quinzaine du mois, l’indice Stoxx50 affichant près de 6.5% de baisse par rapport à son plus haut du 25 juillet. Dans ce mouvement, les valeurs cycliques ont été particulièrement pénalisées, avec en première ligne les secteurs des produits de base           (-16%), l’automobile et les banques (-13%) et les valeurs pétrolières (-11%). Les secteurs de l’agroalimentaire  et de la pharmacie ont parfaitement joué leur rôle défensif, avec des cours quasiment stables. Sur la fin du mois, les marchés d’actions sont parvenus à récupérer une partie du terrain perdu, portés par l’assurance du soutien des banques centrales. Ainsi, la période juillet/août se solde par un repli modeste de près de 1% de l’indice Stoxx50, mais la dichotomie des  performances sectorielles est particulièrement forte, avec des hausses de 2 à 7% pour les secteurs du transport/loisir, des services aux collectivités, de la pharmacie et de l’agroalimentaire, tandis que les produits de base, les banques, l’assurance, l’automobile et le pétrole finissent l’été sur des replis de 7 à 13%.

 

  • Résultats des principales bourses mondiales au 31 août 2019

 

  Sur 1 mois Depuis le 31/12/2018
Indice CAC40 - 1.06% +15.85%
Indice Stoxx 50 (Europe) - 0.95% +16.83%
Indice Dow Jones (en $) - 0.74% +13.19%
Indice Nikkei (en Yen) - 2.69% +  3.45%

 

MARCHÉS OBLIGATAIRES

  • Évolution

Troisième et quatrième mois de fête pour les produits de taux, l’été 2019 s’achève sur un véritable feu d’artifice pour les marchés obligataires, avec les Banques Centrales à la manœuvre. Aux États-Unis, la Réserve Fédérale a finalement abaissé ses taux directeurs de 25 points de base lors de sa réunion du 25 juillet, suscitant l’ire de l’hôte de la Maison Blanche qui appelle à grands cris une « forte » baisse des taux pour soutenir l’économie américaine et laissant apparaître à l’occasion des divergences entre les membres de son conseil. Ainsi, si de nombreux gouverneurs se déclarent favorables à des baisses ultérieures, le  président de la Réserve Fédérale Jérôme Powell, soucieux de préserver l’indépendance de l’Institution, s’est montré plus réservé face à un contexte macroéconomique qualifié de plus incertain mais  encore robuste. En Europe également, la Banque Centrale Européenne s’est dite soucieuse de l’évolution de la situation en zone Euro et a ouvert la porte à de mesures de soutien dès le mois de septembre, incluant une possible baisse du taux directeur.

En conséquence, les mois de juillet et août ont vu une nouvelle forte baisse des taux des emprunts d’états aux États-Unis comme en Europe, avec inversion de la courbe des taux américaine pour la première fois depuis  2007. Sur la courbe européenne, toutes les maturités sont désormais en territoire négatif jusqu’à l’échéance 30 ans !  À la fin du mois d’août,  le rendement à 10 ans du taux de référence de la zone Euro termine la période sur un nouveau plus bas historique à -0.71% (contre à-0.36% le 30 juin et +0.25% fin 2018). La détente a également concerné les rendements des pays périphériques de la zone euro, et tout particulièrement la dette italienne dont le taux à 10 ans est passé de 2.09% fin juin à 1.03% fin août, avec l’arrivée au pouvoir d’une coalition pro européenne et ouverte à une meilleure collaboration avec les autorités de Bruxelles.

Les indices obligataires européens enregistrent ainsi sur la période des  performances particulièrement brillantes, toutes les maturités étant largement positives depuis le début de l’année.

  • Résultats des principaux indices obligataires au 30 avril 2019

  Sur 1 mois Depuis le 31/12/2018
Indice BofA ML 1/3 ans +0.42% 

+0.84%  (emprunts d’état)

Indice BofA ML 3/5 ans +1.29%

+3.10%  (emprunts d’état)

Indice BofA ML 5/7 ans +2.52%

+6.44%  (emprunts d’état)

Indice Barclays 3/5 ans +2.21% +4.78 %  (secteur privé)
EONIA - 0.06%

- 0.24%  (taux sans risque)

Mis à jour le 9 septembre 2019