Trajectoire d'une entrepreuneure au féminin

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Karine da Silva, 36 ans, dirige une entreprise de peinture, près de Reims (Marne). Portrait d’une battante qui a su tracer son chemin, malgré les difficultés.


Karine da Silva

Jusqu’à présent, Karine da Silva n’a pas eu souvent l’occasion de regarder dans le rétroviseur. Il faut dire que ce n’est pas son tempérament. Le sien serait plutôt de foncer droit devant et de ne pas s’occuper du passé. Jugez plutôt : alors que ses études la prédestinaient au secrétariat ou à un métier du droit, la Rémoise se rend compte assez tôt que « rester assise devant un ordinateur » n’est pas pour elle. Sa tante remarque ses talents de bricoleuse et lui suggère de trouver une place dans une entreprise de peinture. Karine ne se fait pas prier. Dès le premier numéro de téléphone qu’elle compose, elle décroche un entretien avec celui qui deviendra son patron pendant onze ans.

 

De l’apprentissage à la relation clients

 

Embauchée en tant qu’apprentie à seulement 16 ans, Karine démarre donc son apprentissage dans la PME de Jean-Luc Petitjean, tout près de là. Deux années de CAP, puis deux supplémentaires pour obtenir son brevet professionnel, elle se fait rapidement une place dans l’entreprise. « A la fin de mon parcours, mon patron ne me faisait travailler que sur les chantiers qui exigeaient un travail soigné. Et quand il partait en vacances, c’est moi qui le remplaçais pour effectuer les métrés chez les clients. Je ne le remercierai jamais assez de la confiance qu’il m’a donné », confie-t-elle. Mais Karine veut en apprendre davantage. Elle tente alors une nouvelle aventure et entre dans une deuxième entreprise. Un événement va soudain changer sa vie. En 2011, son médecin lui diagnostique un cancer de la langue. Elle en vient à bout après une opération et plusieurs séances de rééducation. « Mais quand je suis revenue de mon arrêt maladie, mon patron n’a pas été correct. Il m’a reproché de ne pas être aussi efficace qu’avant l’opération, de ne pas m’exprimer correctement… Bref, la coupe était pleine. C’est pourquoi j’ai démissionné pour m’attaquer à un nouveau challenge : créer ma propre entreprise ».

 

Un caractère de battante

 

L’artisane a confiance en ses capacités. Elle voit juste : les nombreux clients qu’elle a côtoyés s’occupent de faire sa publicité. Sa petite notoriété à Reims (elle est alors conseillère municipale et bénévole à la SPA) se charge du reste. « Depuis l’ouverture de mon entreprise, je n’ai jamais eu à chercher un client », s’enorgueillit-elle. Réputée pour la finesse de son coup de pinceau, Karine se limite aux chantiers haut-de-gamme. « En ce moment, je participe à la rénovation d’une maison bourgeoise à Witry-lès-Reims. J’utilise des peintures de finition assez coûteuses mais je possède une clientèle ad hoc. Mes clients me font confiance. Ils savent qu’ils en auront pour leur argent ». A l’aise dans des structures à taille humaine, Karine a embauché son conjoint, peintre lui aussi, et de toutes ses aventures professionnelles depuis ses débuts. Dernièrement, elle s’est également entourée d’un apprenti, en qui elle mise beaucoup et qu’elle voit déjà comme un futur salarié.

 

Se faire respecter

 

Quand on lui demande à quelles difficultés elle a été confrontée dans sa vie professionnelle, en tant que femme, sa réponse se fait du tac au tac : « Je n’ai jamais ressentie de difficultés particulières. Je trouve que l’on a tendance à vouloir surprotéger la femme. Ce qui est important, c’est de se faire respecter et d’avoir du caractère. Si vous faites cela, les hommes vous respectent. Malgré tout, je perçois une évolution de la place des femmes dans le BTP. Les campagnes de communication des salons et des journées portes ouvertes font apparaître des femmes aujourd’hui, ce qui n’était pas le cas il y a vingt ans ».

 

Ludovic FRANCISCO

Mis à jour le 13 mars 2020